Mes indépendants
Indépendant, ne perdez pas le nord.
Module 1/5

Choisir son statut juridique d'indépendant

Avant de chiffrer quoi que ce soit, il faut comprendre ce qui distingue vraiment les statuts entre eux. Ce module ne calcule rien à votre place — les simulateurs du site s'en chargent — il explique les mécanismes pour que les chiffres aient du sens.

Les grandes familles de statuts

Trois grandes familles coexistent. L'entreprise individuelle (EI), dont la micro-entreprise est un régime simplifié réservé aux activités qui restent sous un plafond de chiffre d'affaires — au-delà, l'EI passe au régime réel, sans changer de statut juridique. Les sociétés unipersonnelles : l'EURL, dont le gérant majoritaire relève du régime social des travailleurs non salariés (TNS), et la SASU, dont le président est assimilé salarié. Le portage salarial, enfin, repose sur un contrat de travail conclu avec une société de portage : c'est la seule option présentée ici qui fait cotiser à l'assurance chômage.

Les critères qui doivent trancher

  • Le chiffre d'affaires prévisionnel. Pour 2026 à 2028, le régime micro est plafonné à 83 600 € pour les prestations de services et les professions libérales, et à 203 100 € pour la vente de marchandises et l'hébergement. C'est le point de départ de toute comparaison chiffrée.
  • Le niveau de vos frais réels. En micro-entreprise, vos dépenses ne sont jamais déduites une à une : un abattement forfaitaire (34 %, 50 % ou 71 % selon l'activité) les remplace pour le calcul de l'impôt, et les cotisations sont calculées sur le chiffre d'affaires brut. Plus vos frais pèsent lourd, plus ce point compte.
  • Le besoin de couverture chômage. Si c'est une priorité, seul le portage salarial y répond parmi les options présentées ici.
  • La simplicité de gestion recherchée. La micro-entreprise reste la plus légère (pas de comptabilité complète). Une société demande des statuts, une comptabilité complète et des comptes annuels, mais ouvre d'autres leviers, comme l'arbitrage entre rémunération et dividendes en SASU.

Cas pratique n° 1 : Karim, consultant en micro-entreprise

Karim est consultant, profession libérale relevant du régime général (BNC, hors Cipav). Il prévoit 40 000 € de chiffre d'affaires encaissé sur l'année et environ 4 000 € de frais réels (logiciels, déplacements, matériel). Posons le calcul avec les taux 2026 utilisés par le site :

  • Cotisations sociales : 40 000 × 25,6 % = 10 240 €, calculées sur le chiffre d'affaires, quels que soient ses frais.
  • Base imposable : l'abattement de 34 % représente 13 600 €, soit une base de 40 000 − 13 600 = 26 400 €.
  • Impôt sur le revenu (barème 2026, une part fiscale, comme dans les simulateurs du site) : la part jusqu'à 11 600 € n'est pas imposée, la suite (26 400 − 11 600 = 14 800 €) l'est à 11 %, soit 1 628 €.
  • Ce qui reste : 40 000 − 10 240 − 1 628 = 28 132 €, puis 24 132 € une fois ses 4 000 € de frais réellement payés.

Lecture : l'abattement de 13 600 € dépasse largement ses 4 000 € de frais réels, ce qui joue en faveur du régime micro sur le plan fiscal. Deuxième point de vigilance : avec 40 000 €, Karim se situe entre le seuil de base (37 500 €) et le seuil majoré (41 250 €) de la franchise en base de TVA pour les services. Si son chiffre d'affaires de l'année précédente était sous 37 500 €, il garde la franchise cette année mais la perd au 1ᵉʳ janvier suivant. Le choix du statut ne change rien à cette règle, qui dépend uniquement du chiffre d'affaires et de l'activité.

Cas pratique n° 2 : Sonia, revendeuse avec beaucoup d'achats

Sonia vend des marchandises : 60 000 € de chiffre d'affaires, dont 45 000 € d'achats de stock, soit une marge réelle de 15 000 €. En micro-entreprise :

  • Cotisations : 60 000 × 12,3 % = 7 380 €, soit près de la moitié (49,2 %) de sa marge réelle.
  • Abattement de 71 % : 42 600 €, inférieur à ses 45 000 € d'achats. Sa base imposable (17 400 €) est donc plus élevée que sa marge réelle.

Même sous le plafond de 203 100 €, le régime micro n'est pas forcément adapté à Sonia : au régime réel (EI au réel, EURL ou SASU), cotisations et impôt porteraient sur un bénéfice calculé après déduction de ses achats. C'est exactement le type de situation où un comparatif chiffré entre statuts s'impose avant de se déclarer.

Les erreurs fréquentes

  • Confondre EI et micro-entreprise. Toute micro-entreprise est une EI, mais une EI peut aussi relever du régime réel.
  • Confondre le plafond micro et le seuil de TVA. Un consultant peut devoir facturer la TVA (au-delà de 37 500 € ou 41 250 €) tout en restant largement sous le plafond micro de 83 600 €. Ce sont deux règles distinctes.
  • Compter sur l'ACRE par défaut. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, cette exonération partielle de cotisations est réservée à certains publics (demandeurs d'emploi, bénéficiaires du RSA ou de l'ASS, 18-25 ans, notamment). Vérifiez votre éligibilité avant d'intégrer l'ACRE à votre prévisionnel.
  • Croire qu'un dépassement de plafond ferme l'entreprise. Un dépassement du plafond micro fait basculer l'EI vers le régime réel : le régime fiscal et social change, pas le statut juridique.
  • Choisir sur le seul critère des cotisations. La retraite complémentaire, la protection sociale et les formalités diffèrent aussi d'un statut à l'autre : le tableau des différences entre statuts les détaille.

Avant de passer à l'action

  • Estimez votre chiffre d'affaires annuel encaissé et situez-le par rapport aux plafonds micro et aux seuils de TVA.
  • Listez vos frais réels annuels et comparez-les à l'abattement forfaitaire de votre activité.
  • Identifiez votre catégorie d'activité (vente, services BIC, profession libérale BNC) : elle fixe votre taux de cotisations et votre abattement.
  • Vérifiez si vous entrez dans l'un des publics éligibles à l'ACRE en 2026.
  • Comparez votre net sur au moins deux statuts avec vos propres chiffres.

À retenir

  • Le statut juridique (EI, EURL, SASU) et le régime (micro ou réel) sont deux choix différents.
  • En micro-entreprise, les cotisations portent sur le chiffre d'affaires encaissé et l'impôt sur ce chiffre d'affaires après abattement forfaitaire, jamais sur vos frais réels.
  • Plus vos frais réels sont élevés par rapport à l'abattement, plus le régime réel mérite d'être étudié.
  • La franchise en base de TVA dépend du chiffre d'affaires et de l'activité, pas du statut.
Contenu pédagogique à visée générale. Pour chiffrer votre propre situation, utilisez les simulateurs liés ci-dessus, qui appliquent les barèmes 2026 sourcés du site.
Vérifier ce qui est acquis

Quiz — 6 questions